Titeuf en breton, traduit par des collégiens


En février dernier, ces collégiens de Diwan, au Relecq-Kerhuon, ont traduit "Le miracle de la vie" en breton. La bande dessinée est en librairie depuis hier.

Près de Brest, 50 élèves de Diwan se sont creusé les méninges pour ne pas trahir l'esprit du héros de BD. Burzhud ar vuhez est sorti hier.

Burzhud ar vuhez, traduction en breton du 7e album de Titeuf, Le miracle de la vie, est sorti hier. C'est le « bébé » d'une cinquantaine de collégiens du Relecq-Kerhuon. Des élèves de Diwan, école fondée sur l'enseignement en breton. Cette traduction, c'était pour eux du travail scolaire, noté, mais avec une saveur particulière puisqu'il s'agissait de mettre des mots bretons dans les bulles de Titeuf. Cette star de la bande dessinée « nous ressemble, estiment Yuna, Alan, Hervé, Mathilde, Jean et quelques autres. Souvent, il se pose les mêmes questions que nous. » Sur les copains, le sexe, les relations entre les garçons et les filles, la famille, le racisme... Le lire, « c'est une façon rigolote de s'instruire. »

Ces collégiens de 14 à 15 ans, aujourd'hui en 3e, posent un regard sans concession sur le héros de Zep, à qui ils donnent une dizaine d'années. Marine a toute la collection de ses aventures, car son frère est fan : « Titeuf est souvent naïf, voire un peu niais. Mais il a beaucoup d'imagination, est marrant. » Alan ajoute : « Titeuf est impertinent mais avec tellement d'innocence, qu'on ne peut pas lui en vouloir ». Le gamin à la mèche blonde se met dans des galères pas possibles, se prend des « râteaux » avec les filles. Brendan s'amuse : « Avec lui, même les choses simples deviennent compliquées. » Hervé soupire : « Il fait toutes les bêtises qu'on n'a pas eu le temps de faire ! » Un antihéros dans lequel tout le monde se retrouve un peu.

En février, chaque élève s'est penché sur une planche du Miracle de la vie. La traduction n'a pas toujours été facile. Titeuf a son français à lui. Un langage cru, coloré, parfois inventé. « Mais le breton est aussi une langue imagée », affirme Gwénolé Bihannic, professeur à l'origine du projet. Néanmoins, les jeunes ont dû se creuser les méninges. « Ça nous a changés du breton scolaire. On a cherché des jeux de mots. » Par exemple, Éducation sexuelle, titre de la page 21, est devenue « Ar gentel reizh », ou la leçon de sexe politiquement correcte, car le sens du mot reizh (sexe) est double. Ça épate les filles est devenu Bamet e chom ar merc'hed ou : Des filles bouche bée.

Par respect pour l'original, les termes anglo-saxons n'ont pas été traduits. Mais les interjections, si. Les élèves regrettent que Nadia, l'amoureuse, soit devenue Goulwenna. « Un 'clin d'oeil' à la présentatrice de Mouchig-Dall, émission en langue bretonne de France 3 Ouest, explique Arnaud Elégoët, responsable de Bannoù-heol, maison d'édition associative en langue bretonne. C'est la deuxième fois que des collégiens de Diwan du Relecq-Kerhuon traduisent Titeuf. Kenô, bed kriz ou Tchô, monde cruel, était le premier album du genre. L'Office de la langue bretonne a relu les textes. Pour, les collégiens, c'était trop giga ! Ils en redemandent.

Laurence Guilmo

2 200 exemplaires de Burzhud ar vuhez sont en vente, 9,40 € l'album. Bannoù-Heol a également traduit plusieurs Boule et Bill, Thorgal et Petit Ours brun.

Mardi 21 Novembre 2006 - Ouest-France - Cultures