Titeuf en breton par des collégiens de Diwan


La cinquantaine de collégiens de Diwan qui a traduit Le Miracle de la vie en breton, avec Gwénolé Bihannic, leur professeur de breton (en haut, à gauche).

 

Burzhud ar vuhez, ou Le Miracle de la vie, sort en breton le 20 novembre. Le bébé de 50 collégiens bretonnants qui se sont creusé les méninges.

Quel talent, ce Titeuf ! Il s'est trouvé des copains de son âge - ou presque - pour le traduire en breton. Burzhud ar vuhez ou Le Miracle de la vie, le n° 7, sort le 20 novembre. L'oeuvre d'une cinquantaine de collégiens de 4e de Diwan, au Relecq-Kerhuon. Les veinards ! « C'était très motivant », reconnaissent avec fierté les élèves, désormais en 3e. En début d'année, dans le cadre du cours de breton, chacun a travaillé sur une planche. Un travail scolaire, et donc noté, mais avec cette saveur particulière que c'est d'une star dont il s'agit, et que le résultat est édité. 

« Grâce au breton, ils ont une chance que peu de collégiens ont », relève Gwénolé Bihannic, professeur de breton et d'arts plastiques au collège Diwan, à l'origine du projet. C'est au salon du livre de Carhaix, il y a quelques années, que l'enseignant a rencontré Arnaud Elégoët, enseignant et responsable de Bannoù-heol, maison d'édition associative en langue bretonne basée à Quimper. « Ce qui m'a séduit, c'est qu'on se situe au niveau de la langue parlée. Nos élèves sont habitués à un breton scolaire, plus soutenu. » Pour la maison d'édition, c'est aussi « contribuer à moderniser la langue bretonne ».

Un langage coloré

Le garçon à la mèche blonde évolue dans un univers imagé et fleuri. À travers un langage parfois cru, on dira « coloré », il parle avec humour et impertinence des « choses de la vie » : les filles, les copains, l'école, le sexe, la famille. Pô si simple de traduire Titeuf, le héros de Zep. Quand la traduction littérale, mot à mot, n'était pas possible, « un travail de recherche a été nécessaire, précise Gwénolé Bihannic. Les élèves ont travaillé sur le langage familier, les exclamations, et même les insultes. Heureusement, le breton est une langue imagée qui permet beaucoup de souplesse. » Le fameux « » de « C'est pô juste » est traduit « keut », modification de la négation « ket » habituelle.

Quentin, qui a traduit la planche 16, insiste : « Ça nous a forcés à jouer avec la langue. » Par exemple, « Éducation sexuelle », titre de la page 21, est devenue « Ar gentel reizh », ou la leçon politiquement correct au sens figuré. « Trash cuisine » devient « Trash bouetaj », un « aliment pour le bétail » qui résume bien l'humour de la scène. Les mots anglo-saxons ou particuliers sont restés tels que comme baby-sitter, sitcom, megakill ou dragorn-znork. Une liberté par rapport à l'original : Nadia, son amoureuse, est devenue Goulwena. « Un « clin d'oeil » à la présentatrice de Mouchig-Dall, émission en langue bretonne de France 3 Ouest, explique Arnaud Elégoët. Une initiative diversement appréciée par les élèves.

« Pour finir, il a fallu harmoniser leur travail avec celui réalisé par leurs prédécesseurs, qui ont posé les bases du langage Titeuf en breton, commente Gwénolé Bihannic. Kenô, bed kriz ou Tchô, monde cruel, le n° 6, a en effet été le premier traduit par des collégiens de Diwan, désormais lycéens (l'album n'est sorti qu'en mars dernier). L'Office de la langue bretonne, à Carhaix, a aussi apporté sa caution. 

Traduire Titeuf a été une belle aventure. « On a reçu chacun un exemplaire. Et nos noms figurent dans l'album. » Trop giga ! 

Laurence Guilmo

2 200 exemplaires seront en vente, 9,40 € l'album. Bannoù-heol a également traduit plusieurs Boule et Bill, Thorgal et Petit Ours brun.

01 - Ouest-France - Brest