Editions en breton : le terreau quimpérois


Déjà éditées en une quinzaine d'idiomes, « le breton est la seule langue régionale dans laquelle sont publiées les aventures de Boule & Bill » indique l'initiateur du projet, Arno Elegoed.

En 1999, des « rayons de soleil » (Bannoù-heol en breton) sont venus illuminer le marché plutôt restreint des bandes dessinées en langue bretonne. Ceci grâce à l'initiative d'un jeune professeur de musique et de breton de Quimper. En contactant les éditions Dargaud, l'enseignant était bien loin de s'imaginer que Boule & Bill, déjà polyglottes, allaient bientôt pouvoir s'exprimer en breton. 

« Je ne pensais pas que ça marcherait si bien et que ce serait si facile », confie Arno Elegoed, trois ans après le lancement de sa maison d'édition associative « Bannoù-heol ». « Je trouvais qu'il n'y avait pas assez de livres en breton pour les enfants. Il y avait certes déjà Tintin, très bien traduit d'ailleurs, mais dont le niveau de breton est très élevé et donc assez difficile ». 

Les Schtroumpfs pas intéressés 

Parce qu'il voulait que ses élèves, et le jeune public en général, puissent avoir des ouvrages au niveau de breton plus accessible, Arno Elegoed a décidé, un beau jour de 1999, de téléphoner à quelques éditeurs de bandes dessinées. « J'avais songé au départ aux Schtroumpfs. Mais les éditions Dupuis m'ont répondu qu'elles n'étaient pas intéressées car cela représentait beaucoup de travail pour peu d'argent récolté ». 

Loin de se décourager, l'enseignant contacte alors Dargaud où sont édités tous les albums de Boule & Bill. Immédiatement, Sophie Castille, chargée des droits, se déclare favorable au projet « alors que je n'avais encore rien fait et que j'arrivais un peu comme un chien dans un jeu de quilles », s'étonne-t-il encore. 

Boulig ha Billig déboulent 

Sell ta', le premier Boule et Bill en breton, sort en mai 2000. Les 1.000 exemplaires sont vendus en six mois. 1.000 autres suivront. « J'ai tout traduit tout seul, se souvient Arno Elegoed et j'ai fait relire les textes par l'Office de la langue bretonne. Le plus difficile, finalement, c'était d'insérer les textes dans les bulles. Une tâche assez fastidieuse ». 

Depuis, deux autres albums de Boulig ha Billig sont sortis, dont le nº 27 tout récemment et pour lesquels Arno Elegoed a sollicité l'aide de deux amis pour la traduction. « Même si je le fais pour mon plaisir, cela exige un investissement énorme », reconnaît le président de Bannoù-heol qui reçoit des subventions du conseil général à hauteur de 40 % des frais d'édition. « Le prochain album sortira en mai prochain. Il faut en effet attendre que les éditions Dargaud réimpriment un ouvrage pour pouvoir effectuer un tirage en langue bretonne ». 

Titeuf en 2003 

Sans attendre, Arno Elegoed s'est intéressé parallèlement à d'autres projets. Contacté par Lili Pissenlit, auteur d'histoires à succès pour jeunes enfants, il a accepté d'éditer quatre charmants albums d'Olivu le lapin (d'origine corse) en breton. 

Bientôt, ce sera au tour de Titeuf ! « J'ai proposé aux élèves du collège Diwan de Brest de traduire les textes. Normalement, Titeuf devrait paraître en juin 2003 », annonce Arno Elegoed qui n'a qu'un regret : « Dommage que, contrairement aux autres, les écoles privées n'achètent pas plus de livres en breton. C'est regrettable car il faut donner de la matière aux jeunes bretonnants si l'on veut que l'usage du breton devienne quotidien et se fasse naturellement ». 

Renseignements : Bannoù-heol, 140, rue de Pont-l'Abbé, 29000 Quimper (02.98.64.58.96.) ou sur Internet : www.b-heol.com - Prix d'un album de Boulig ha Billig : 8,50 €, + 2,10 € de frais d'envoi. 

Cathy Tymen

01 - Le Télégramme - Kerne - Cornouaille